C'est quoi une action ?
Cinq courtes parties pour comprendre ce que l'on achète vraiment quand on achète une action, puis trois questions pour vérifier que tout est clair.
Module complété1. Une entreprise a besoin d'argent
Imaginez une boulangerie qui marche bien. Les clients font la queue le matin, et la patronne voudrait ouvrir une deuxième boutique dans le quartier voisin. Problème : il faut acheter un four, louer un local, embaucher. Cela coûte cher, bien plus que ce que la boulangerie a de côté.
Pour trouver cet argent, elle a trois grandes solutions. La première : attendre et économiser, année après année, sur ses bénéfices. C'est sûr, mais c'est lent, et un concurrent pourrait ouvrir avant elle. La deuxième : emprunter à une banque. L'argent arrive vite, mais il faudra le rembourser avec des intérêts, que les affaires marchent ou non. La troisième : faire entrer de nouveaux associés, qui apportent de l'argent en échange d'une partie de l'entreprise.
C'est cette troisième solution qui donne naissance aux actions. Les nouveaux associés ne prêtent pas l'argent : ils deviennent copropriétaires. Si la deuxième boutique rapporte, ils en profitent. Si elle échoue, ils perdent une partie de ce qu'ils ont apporté. L'entreprise, elle, n'a rien à rembourser.
Les grandes entreprises font exactement la même chose, mais à une tout autre échelle. Au lieu de chercher trois ou quatre associés, elles découpent leur capital en millions de petites parts et les proposent au public, sur un marché organisé : la Bourse. Le jour où une entreprise vend ses parts au public pour la première fois, on parle d'introduction en Bourse.
Ensuite, ces parts continuent de s'échanger entre investisseurs, tous les jours, sans que l'entreprise ne touche d'argent à chaque échange. Quand vous achetez une action d'une grande entreprise aujourd'hui, vous l'achetez le plus souvent à un autre investisseur qui veut vendre la sienne, pas à l'entreprise elle-même.
Retenez l'idée clé : une action, c'est d'abord un moyen pour une entreprise de financer son développement en partageant sa propriété, et donc ses réussites comme ses échecs.
2. Qu'est-ce qu'une part d'entreprise ?
Une action est un titre de propriété : elle représente une petite fraction d'une entreprise. Si une société est découpée en un million d'actions et que vous en possédez une, vous détenez un millionième de cette entreprise. C'est peu, mais c'est bien réel : vous êtes actionnaire, c'est-à-dire copropriétaire.
Être actionnaire donne des droits. Le premier est le droit de vote : chaque année, l'entreprise réunit ses actionnaires en assemblée générale pour approuver les comptes, élire les dirigeants qui la surveillent ou valider certaines décisions importantes. En général, une action donne une voix. Avec une seule action, votre voix pèse très peu, mais vous avez le droit de vous exprimer.
Le deuxième droit concerne les bénéfices. Quand l'entreprise gagne de l'argent, une partie peut être reversée aux actionnaires : ce sont les dividendes, que nous verrons plus loin. Le reste est réinvesti pour faire grandir l'entreprise, ce qui peut aussi profiter aux actionnaires, car une entreprise plus grande et plus rentable vaut généralement plus cher.
Il faut aussi comprendre ce qu'une action n'est pas. Ce n'est pas un prêt : l'entreprise ne vous doit rien et ne vous rembourse jamais votre mise. Ce n'est pas non plus un produit garanti : si l'entreprise fait faillite, les actionnaires passent en dernier, après les salariés, les banques et les fournisseurs. Dans ce cas, l'action peut ne plus rien valoir.
Enfin, être actionnaire ne veut pas dire diriger. Vous ne pouvez pas entrer dans les bureaux ni décider de la stratégie. Ce sont les dirigeants qui gèrent l'entreprise au quotidien ; les actionnaires, eux, les choisissent et les contrôlent, surtout ceux qui possèdent beaucoup d'actions.
En résumé : une action, c'est une petite part de propriété, avec un droit de vote, un droit aux bénéfices distribués, et le risque de perdre ce que vous avez investi.
3. Comment le prix évolue
Le prix d'une action change tout au long de la journée, pendant que la Bourse est ouverte. Ce prix n'est fixé par personne en particulier : il résulte de la rencontre entre ceux qui veulent acheter et ceux qui veulent vendre, un peu comme sur un marché aux enchères.
Si beaucoup de personnes veulent acheter une action et que peu veulent la vendre, les acheteurs acceptent de payer un peu plus cher pour l'obtenir : le prix monte. À l'inverse, si beaucoup veulent vendre et que peu veulent acheter, les vendeurs baissent leur prix pour trouver preneur : le cours baisse. Le prix affiché est simplement celui du dernier échange réalisé.
Mais pourquoi les gens veulent-ils acheter ou vendre ? Principalement à cause de ce qu'ils pensent de l'avenir de l'entreprise. Des bénéfices en hausse, un nouveau produit qui plaît, un contrat important : l'action attire. Des ventes qui reculent, un scandale, un concurrent plus fort : les investisseurs s'en détournent. Le prix reflète donc les espoirs et les craintes du moment, pas seulement les résultats passés.
L'économie en général joue aussi un rôle. Quand les taux d'intérêt montent, quand une crise éclate ou quand l'inquiétude gagne les marchés, la plupart des actions peuvent baisser en même temps, même celles d'entreprises en bonne santé. C'est pourquoi le prix d'une action bouge parfois sans nouvelle particulière sur l'entreprise.
Sur une journée ou une semaine, ces mouvements sont difficiles à prévoir, même pour des professionnels. Sur de nombreuses années, le prix d'une action a tendance à suivre la santé réelle de l'entreprise : sa capacité à vendre, à gagner de l'argent et à grandir. C'est pour cela qu'on conseille souvent aux débutants de raisonner sur le long terme plutôt que de suivre les variations quotidiennes.
4. Les dividendes : quand l'entreprise vous paie
Quand une entreprise réalise des bénéfices, elle doit décider quoi en faire. Elle peut les garder pour investir : construire une usine, lancer un produit, racheter un concurrent. Elle peut aussi en reverser une partie à ses actionnaires, sous forme d'argent. Cette somme s'appelle un dividende.
Le dividende est versé pour chaque action détenue. Par exemple, si une entreprise annonce un dividende de 2 € par action et que vous en possédez 10, vous recevez 20 € sur votre compte, avant impôts. Selon les entreprises, ce versement a lieu une fois par an, deux fois, ou même tous les trois mois.
Toutes les entreprises ne versent pas de dividendes, et ce n'est pas forcément mauvais signe. Une jeune entreprise en forte croissance préfère souvent réinvestir tout son argent pour grandir plus vite. Si elle réussit, la valeur de ses actions peut augmenter davantage que ce qu'aurait rapporté un dividende. À l'inverse, des entreprises installées depuis longtemps, dans des secteurs stables comme l'énergie, l'alimentation ou les télécoms, versent souvent des dividendes réguliers.
Attention à une idée reçue : un dividende n'est jamais garanti. L'entreprise peut le réduire ou le supprimer si ses résultats baissent, comme beaucoup l'ont fait en 2020 pendant la crise sanitaire. Un dividende très élevé peut même être un signal d'alerte, si l'entreprise distribue plus qu'elle ne gagne.
Enfin, le jour où le dividende est détaché, le prix de l'action baisse en général d'un montant proche : l'argent qui sort de l'entreprise pour aller chez les actionnaires ne se trouve plus dans l'entreprise. Le dividende n'est donc pas de l'argent « en plus » tombé du ciel, mais une partie de la valeur de l'entreprise qui vous est versée. Sur les fiches Klar, l'indication « Dividende : oui » signale les entreprises qui en versent habituellement.
5. Les risques d'une action
Acheter une action, c'est accepter que sa valeur puisse baisser, parfois fortement. C'est le prix à payer pour espérer un rendement plus élevé qu'un livret d'épargne sur le long terme. Mieux vaut connaître les principaux risques avant de se lancer.
Le premier est le risque de perte en capital. Le prix d'une action peut chuter de 30 %, 50 % ou davantage, et mettre des années à remonter, voire ne jamais revenir à son niveau d'achat. Dans le pire des cas, si l'entreprise fait faillite, l'action peut perdre toute sa valeur. C'est pourquoi on dit de n'investir en actions que de l'argent dont on n'aura pas besoin avant plusieurs années.
Le deuxième est la volatilité : les variations de prix peuvent être brutales et fréquentes. Voir son investissement baisser de 20 % en quelques semaines est éprouvant, et beaucoup de débutants vendent au pire moment, par peur, en transformant une baisse temporaire en perte définitive. Connaître sa propre réaction face aux baisses est aussi important que choisir ses actions.
Le troisième est le risque de concentration. Mettre toutes ses économies dans une seule entreprise, même très connue, revient à tout miser sur son succès. Si elle traverse une mauvaise passe, tout votre placement en souffre. La parade s'appelle la diversification : répartir son argent entre plusieurs entreprises, plusieurs secteurs et plusieurs pays. Les ETF, présentés dans le module 2, permettent justement d'acheter des centaines d'entreprises en une seule fois.
Enfin, il existe des risques plus discrets : les frais de courtage, qui grignotent les petits montants, ou le risque de change quand on achète une action cotée en dollars, dont la valeur en euros dépend aussi du taux de change.
Ces risques ne doivent pas faire peur, mais inviter à la prudence : investir progressivement, sur le long terme, en diversifiant, et sans jamais placer l'argent de sa réserve de sécurité.
Quiz : 3 questions
Deux bonnes réponses sur trois suffisent pour valider le module.